Très clairsemée, en 1839, la population de Curran, comme celle des environs, se compose surtout de deux éléments bien disincts: les United Empire Loyalists, anciens patriotes, qui avaient combattu la révolution américaine, et qui, en reconnaissance de leur loyauté à lEmpire, avaient obtenu des concessions territoriales; et quelques familles canadiennes-françaises venues surtout des comté de Soulanges, de Vaudreuil et de Glengarry. On y trouve les Labelle, Parent, Legault, Dupont, Joseph Châtelain (décédé en 1896 à lâge de 105 ans).
| A Curran et ses environs, les conditions matérielles étaient très primitives; de Curran à Bytown et de Curran à LOrignal, cétait partout la forêt vierge. Lexploitation du bois était la principale sinon lunique industrie. |
Les énormes billes transformées en plançons de 50 à 75 pieds de longeur étaient reliées en immenses radeaux que conduisaient jusquà Québec des draveurs engagés dans cette industrie à la fois rude, engageante et aventurière.
Les autres essences, ne peuvant servir au bois équarri, étaient coupées et formées en radeaux de moindres prétentions, pour flotter jusquau moulin à scie le plus rapproché et être converties en bois de construction locale. Située à proximité dun de ces moulins, propriété de Hagar et plus tard vendue à McMaster, à demi-baignée et encerclée par la rivière Petite-Nation-du-Sud, la paroisse de Saint-Luc-lÉvangéliste était admirablement placée pour bénéficier des avantages de cette industrie.
| Lindustrie du bois, si importante fût-elle, ne devait être que passagère. Elle devait graduellement céder sa place à lagriculture. La terre était de qualité excellente. A mesure que la forêt reculait, plus nombreux se cramponnaient les colons à la terre. La production des céréales, de beurre, danimaux de boucherie trouvait un marché local assez rémunérateur. |
Plus récent, la grande industrie de Curran et de ses environs était le fromage. On y comptait plusiers fromageries. Lélevage de troupeaux laitiers se fait aussi sur une grande échelle. Les sols étant des plus variés. Ils se prêtent bien aux cultures les plus diverses, surtout à celles de la pommes de terre et du houblon. Pendant quelques années la betterave à sucre a été lobjet dattention de plusieurs cultivateurs de la région.
La Paroisse
Cest de LOrignal que vinrent les premiers missionnaires; ils voyagaient à pied, portant un lourd bagage au dos, à travers une épaisse forêt, fertile en embarras et en inconvénients de toutes sortes. Ils faisaient leur apparition à de rares intervalles, puis, leurs visites devinrent plus fréquentes à mesure que le mouvement colonial saccrût. Maintenant dans une maison, puis dans une autre, ils célébraient la messe. Mgr McDonald qui visita ces parages, comme missionnaire, écrivit en date du 18 septembre 1820, à Mgr Plessis, évêque de Québec, ces lignes remarquables, qui jettent un coup doeil panoramique sur la situation religieuse du temps: " Il y a beaucoup de colons irlandais et canadiens, dans les cantons de Hull, de March et de Nepean, sans compter les familles disséminées sur les deux rives de lOutaouais, depuis la seigneurie de Longueuil jusquaux Chaudières. Sil y avait deux prêtres, lun à LOrignal et lautre à Richmond, ils se partageraient cet espace et visiteraient tous les colons".
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Le missionnaire P. Lefaivre est considéré, à bon droit, comme le fondateur de la mission de Plantagenet-Curran. Cest lui qui érigea la première chapelle et qui ouvrit le premier registre paroissial lour les cantons de Plantagenet, dAlfred et de Cumberland le 4 janvier 1839, pour inscrire le baptême dElizabeth Fitzpatrick, âgée de 72 ans, épouse de John Baxter. Cette chapelle, originalement érigée sur lemplacement actuel du cimetière de Plantagenet, était de construction fort bizarre. On lavait juchée sur des poteaux, à une douzaine de pieds de hauteur, dans lintention de bâtir subséquemment un rez-de-chaussée, qui put servir de pied-à-terre au missionnaire.
Cédant aux instances de Mgr McDonald et des habitants de Curran et de Plantagenet, lévêque de Bytown nomma le 10 juin 1849, à cette mission, un jeune Irlandais récemment ordonné, Patrick McGoey. Lévêque éprouvait une grande inquiétude au sujet de lemplacement de la chapelle parce que le propriétaire du moulin et du terrain sur lequel reposait la chapelle, McMartin, refusait den céder la propriété à la corporation épiscopale malgré les instances réitérées du curé et de lévêque. Dans ces conditions, ceût été folie de songer à y faire un établissement sérieux et coûteux. Dailleurs, la colonisation sétendait surtout au sud du canton. Monseigneur se décida donc à accepter une offre de cinq arpents, quon lui faisait à quelques milles de là, cest-à-dire à Curran même, et donna lordre dy transporter la chapelle.
| Forts de lautorisation épiscopale, les colons de Curran, sous la direction dÉtienne Châtelain, un vétéran de la Guerre de 1812, se rendirent au moulin (Plantagenet Mill), démolirent la chapelle et la transportèrent chex eux, pour la reconstruire en avril 1853, sur lemplacement quoccupe maintenant léglise. |
En 1860, à la suite dune visite, Mgr Guigues permit à un groupe de requérants fortunés de bâtir une église en pierre ou en brique. En 1864, cette église était assez avancée pour que lévêque pût la bénir, sous le titre de Saint-Luc-lÉvangéliste. Cest au zèle de labbé Bertrand quil faut attribuer la construction de cette première église. Il administra la paroisse pendant les années de 1859 à 1873.
Comme lancienne église navait pas eu de fondations permanentes, et avait été bâtie sur un lit fait de pièces de bois, qui pourrirent avec le temps, les murs se lézardèrent et menaçaient de seffondrer. On se décida de construire un nouveau temple. Le 30 avril 1894, Mgr Duhamel bénit la première pierre et le 31 avril 1895, il inaugura solennellement la nouvelle église, la seconde érigée en pierre, dessinée par les architectes Roy et Gauthier. Cette église est un monument de style romain, aux dimensions suivantes: 119 pieds de longeur, 31 de hauteur et 94 de largeur. Cet édifice est encore aujourdhui lun de plus beaux du diocèse et serait remarqué même dans une ville.
Quoiquil ny eût point encore déglise dans la mission de Saint-Paul de Plantagenet, le curé Bertrand, de Saint-Luc-lÉvangéliste de Curran, allait y dire la messe à intervalles irréguliers, dans une salle de la mairie. En 1867, il y séjourna même pendant quelque temps, dans une maison devenue plus tard lhôtel de Xavier Wilson.
La paroisse de Saint-Luc-lÉvangéliste sacheminait vers la prospérité. En 1863, la population de Curran et de ses missions sélevait à environs 300 familles. Les registres paroissiaux rapportent 205 baptêmes, 22 sépultures et 25 mariages. Cent ans plus tard, cest-à-dire à la fin de décembre 1963, 12 baptêmes, 1 sépulture et 1 mariage y ont été enregistrés au cours de lannée, pour 97 familles.
Outre la formation de nouvelles paroisses environnantes, la diminution de la population ici est dûe à la spécialisation de la culture qui, en exigeant de plus vastes étendues, acquiert las petites fermes et en chasse en quelque sorte les propriétaires. Il arrive souvent quoù il y avait six, sept et huit cultivateurs, aujourdhui il ny en a plus quun seul.
| Le 15 juillet 1875, les citoyens de Plantagenet, nord et sud, se réunissaient en assemblée, pour décider lérection du presbytère actuel qui, soit dit en passant, fait à bon droit lorgueil des paroissiens de Curran. Cest une digne structure de pierre, un excellent modèle de cette architecture simple et robuste dautrefois. |
| Le Forum de Curran |
Face à léglise, lécole séparée du village remonte à 1884. Deux autres écoles rurales sont attachées à Curran, une autre relève de Pendleton et une quatrième est située dans la VIIIe concession.
Le bureau de poste a été établi le 19 janvier 1858.
Les textes sont des extraits du livre " Histoire des Comtés Unis de Prescott et de Russell". Lucien Brault M.A., PH.D., et du Conseil des Comtés Unis, LOrignal Ont, imprimer par Le Droit, le 4 janvier 1965. Les photographies sont tirées du livre du 150e de Curran.