L'Histoire de Curran

        D’après les plus anciens document, John Ryan fut l’un des premiers colons à s’établir dans la région de Curran. Venu du comté de Wesford, Irlande, en 1817, avec sa femme et sept fils, il s’installa sur le lot #19 de la IX eme concession où il vécue toute sa vie. Vers le même temps, vint Moses Shane, du même endroit que Ryan.

        Très clairsemée, en 1839, la population de Curran, comme celle des environs, se compose surtout de deux éléments bien disincts: les United Empire Loyalists, anciens patriotes, qui avaient combattu la révolution américaine, et qui, en reconnaissance de leur loyauté à l’Empire, avaient obtenu des concessions territoriales; et quelques familles canadiennes-françaises venues surtout des comté de Soulanges, de Vaudreuil et de Glengarry. On y trouve les Labelle, Parent, Legault, Dupont, Joseph Châtelain (décédé en 1896 à l’âge de 105 ans).

       A Curran et ses environs, les conditions matérielles étaient très primitives; de Curran à Bytown et de Curran à L’Orignal, c’était partout la forêt vierge. L’exploitation du bois était la principale sinon l’unique industrie. cur_grain.JPG (11364 bytes)

       Les énormes billes transformées en plançons de 50 à 75 pieds de longeur étaient reliées en immenses radeaux que conduisaient jusqu’à Québec des draveurs engagés dans cette industrie à la fois rude, engageante et aventurière.

        Les autres essences, ne peuvant servir au bois équarri, étaient coupées et formées en radeaux de moindres prétentions, pour flotter jusqu’au moulin à scie le plus rapproché et être converties en bois de construction locale. Située à proximité d’un de ces moulins, propriété de Hagar et plus tard vendue à McMaster, à demi-baignée et encerclée par la rivière Petite-Nation-du-Sud, la paroisse de Saint-Luc-l’Évangéliste était admirablement placée pour bénéficier des avantages de cette industrie.

cur_old.JPG (18374 bytes)      L’industrie du bois, si importante fût-elle, ne devait être que passagère. Elle devait graduellement céder sa place à l’agriculture. La terre était de qualité excellente. A mesure que la forêt reculait, plus nombreux se cramponnaient les colons à la terre. La production des céréales, de beurre, d’animaux de boucherie trouvait un marché local assez rémunérateur.

       Plus récent, la grande industrie de Curran et de ses environs était le fromage. On y comptait plusiers fromageries. L’élevage de troupeaux laitiers se fait aussi sur une grande échelle. Les sols étant des plus variés. Ils se prêtent bien aux cultures les plus diverses, surtout à celles de la pommes de terre et du houblon. Pendant quelques années la betterave à sucre a été l’objet d’attention de plusieurs cultivateurs de la région.

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La Paroisse

        C’est de L’Orignal que vinrent les premiers missionnaires; ils voyagaient à pied, portant un lourd bagage au dos, à travers une épaisse forêt, fertile en embarras et en inconvénients de toutes sortes. Ils faisaient leur apparition à de rares intervalles, puis, leurs visites devinrent plus fréquentes à mesure que le mouvement colonial s’accrût. Maintenant dans une maison, puis dans une autre, ils célébraient la messe. Mgr McDonald qui visita ces parages, comme missionnaire, écrivit en date du 18 septembre 1820, à Mgr Plessis, évêque de Québec, ces lignes remarquables, qui jettent un coup d’oeil panoramique sur la situation religieuse du temps: " Il y a beaucoup de colons irlandais et canadiens, dans les cantons de Hull, de March et de Nepean, sans compter les familles disséminées sur les deux rives de l’Outaouais, depuis la seigneurie de Longueuil jusqu’aux Chaudières. S’il y avait deux prêtres, l’un à L’Orignal et l’autre à Richmond, ils se partageraient cet espace et visiteraient tous les colons".

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      Le missionnaire P. Lefaivre est considéré, à bon droit, comme le fondateur de la mission de Plantagenet-Curran. C’est lui qui érigea la première chapelle et qui ouvrit le premier registre paroissial lour les cantons de Plantagenet, d’Alfred et de Cumberland le 4 janvier 1839, pour inscrire le baptême d’Elizabeth Fitzpatrick, âgée de 72 ans, épouse de John Baxter. Cette chapelle, originalement érigée sur l’emplacement actuel du cimetière de Plantagenet, était de construction fort bizarre. On l’avait juchée sur des poteaux, à une douzaine de pieds de hauteur, dans l’intention de bâtir subséquemment un rez-de-chaussée, qui put servir de pied-à-terre au missionnaire.

        Cédant aux instances de Mgr McDonald et des habitants de Curran et de Plantagenet, l’évêque de Bytown nomma le 10 juin 1849, à cette mission, un jeune Irlandais récemment ordonné, Patrick McGoey. L’évêque éprouvait une grande inquiétude au sujet de l’emplacement de la chapelle parce que le propriétaire du moulin et du terrain sur lequel reposait la chapelle, McMartin, refusait d’en céder la propriété à la corporation épiscopale malgré les instances réitérées du curé et de l’évêque. Dans ces conditions, c’eût été folie de songer à y faire un établissement sérieux et coûteux. D’ailleurs, la colonisation s’étendait surtout au sud du canton. Monseigneur se décida donc à accepter une offre de cinq arpents, qu’on lui faisait à quelques milles de là, c’est-à-dire à Curran même, et donna l’ordre d’y transporter la chapelle.

cur_1925.JPG (13624 bytes) Forts de l’autorisation épiscopale, les colons de Curran, sous la direction d’Étienne Châtelain, un vétéran de la Guerre de 1812, se rendirent au moulin (Plantagenet Mill), démolirent la chapelle et la transportèrent chex eux, pour la reconstruire en avril 1853, sur l’emplacement qu’occupe maintenant l’église.

        En 1860, à la suite d’une visite, Mgr Guigues permit à un groupe de requérants fortunés de bâtir une église en pierre ou en brique. En 1864, cette église était assez avancée pour que l’évêque pût la bénir, sous le titre de Saint-Luc-l’Évangéliste. C’est au zèle de l’abbé Bertrand qu’il faut attribuer la construction de cette première église. Il administra la paroisse pendant les années de 1859 à 1873.

        Comme l’ancienne église n’avait pas eu de fondations permanentes, et avait été bâtie sur un lit fait de pièces de bois, qui pourrirent avec le temps, les murs se lézardèrent et menaçaient de s’effondrer. On se décida de construire un nouveau temple. Le 30 avril 1894, Mgr Duhamel bénit la première pierre et le 31 avril 1895, il inaugura solennellement la nouvelle église, la seconde érigée en pierre, dessinée par les architectes Roy et Gauthier. Cette église est un monument de style romain, aux dimensions suivantes: 119 pieds de longeur, 31 de hauteur et 94 de largeur. Cet édifice est encore aujourd’hui l’un de plus beaux du diocèse et serait remarqué même dans une ville.

        Quoiqu’il n’y eût point encore d’église dans la mission de Saint-Paul de Plantagenet, le curé Bertrand, de Saint-Luc-l’Évangéliste de Curran, allait y dire la messe à intervalles irréguliers, dans une salle de la mairie. En 1867, il y séjourna même pendant quelque temps, dans une maison devenue plus tard l’hôtel de Xavier Wilson.

        La paroisse de Saint-Luc-l’Évangéliste s’acheminait vers la prospérité. En 1863, la population de Curran et de ses missions s’élevait à environs 300 familles. Les registres paroissiaux rapportent 205 baptêmes, 22 sépultures et 25 mariages. Cent ans plus tard, c’est-à-dire à la fin de décembre 1963, 12 baptêmes, 1 sépulture et 1 mariage y ont été enregistrés au cours de l’année, pour 97 familles.

        Outre la formation de nouvelles paroisses environnantes, la diminution de la population ici est dûe à la spécialisation de la culture qui, en exigeant de plus vastes étendues, acquiert las petites fermes et en chasse en quelque sorte les propriétaires. Il arrive souvent qu’où il y avait six, sept et huit cultivateurs, aujourd’hui il n’y en a plus qu’un seul.

       Le 15 juillet 1875, les citoyens de Plantagenet, nord et sud, se réunissaient en assemblée, pour décider l’érection du presbytère actuel qui, soit dit en passant, fait à bon droit l’orgueil des paroissiens de Curran. C’est une digne structure de pierre, un excellent modèle de cette architecture simple et robuste d’autrefois. cur_presbytere.JPG (20216 bytes)
cur_forum1.JPG (10383 bytes) Le Forum de Curran

      Face à l’église, l’école séparée du village remonte à 1884. Deux autres écoles  rurales sont attachées à Curran, une autre relève de Pendleton et une quatrième est située dans la VIIIe concession.

        Le bureau de poste a été établi le 19 janvier 1858.

 

Les textes sont des extraits du livre " Histoire des Comtés Unis de Prescott et de Russell". Lucien Brault M.A., PH.D., et du Conseil des Comtés Unis, L’Orignal Ont, imprimer par Le Droit, le 4 janvier 1965.  Les photographies sont tirées du livre du 150e de Curran.